« Par transparence, les formes s’échappent, les corps se recomposent »

BRISE VUE commence par une observation.
Le souvenir de mon émerveillement devant ces rideaux souvent en coton blanc, souvent de forme répétitive, souvent posés pour être oubliés. Oubliés aux limites des espaces les plus exposés. Sus-pendus entre un dehors et un dedans, témoins d’une frontière douce comme une enveloppe textile entre l’intime et le monde.
Les brises vues protègent sans enfermer, filtrent sans occulter, exposent sans livrer.


Une architecture fragile de l’intimité qui fait oublier la curiosité du salon ou de la cuisine derrière pour évoquer la main discrète, régulière et attentive qui offre sans signer ce savoir-faire traditionnel.
Je me rappelle le plaisir de s’en approcher trop près pour deviner quasi à l’aveugle les contours des motifs. Bouquets de fleurs, scènes pastorales, ou encore figures mythologiques qui transmettent les échos d’un imaginaire collectif, la volonté d’embellir, de faire entrer une rue transformée dans la maison. La fleur crochetée n’a pas d’odeur, mais elle ne fane pas. La scène de chasse est figée, presque naïve, inoffensive. La figure antique, plus rêvée qu’érudite. Un souffle continu de culture activé par une maille serrée, une double bride. Alternance de points autrefois arsenal d’une maison à la propreté écarlate maintenant laissé pour désuet.
Je garderais toujours la sensation de la texture du tissu ajouré entre mes doigts avant de voir progressivement le coton s’assouplir, les points et plis détendre légèrement les mailles et regarder le blanc alors frappant devenir cassé, patiné.


Passer des décennies de lumières pour finalement signaler un long silence, l’absence peut-être et teinter la mémoire de l’objet du geste, du lieu, de l’artisan ou de l’artisane.
Au cœur de ce processus, l’image de la créature – hybride, morcelée – prend forme à travers l’assemblage de fragments, en un pêle-mêle presque anatomique comme une réminiscence du temps et des passants.
Jeu de compositions qui fait écho à la structure même des rideaux : clarté et opacité, protection et dévoilement, ordre et désordre pour révéler toute la charge sensible de l’ouvrage.
| Avec BRISE VUE, je désire interroger ces éléments du quotidien en les abordant comme un miroir du corps, un support de projection. Un résidu de traces où le rideau devient peau, filtre, voile et où le crochet parle des silhouettes. Des pleins et vides qui se répondent dans un dialogue entre simplicité graphique et complexité dentellière, dans la plus grande tradition de l’ornement c’est à dire en écriture sans mots. |




Avec le soutien du CENTQUATRE-PARIS
Remerciements pour les poses, le temps et les yeux à Marin Delavaud, Constance Diard, Julia Dubois, Fyrial Rousselbin, Julien Henri Vu Van Dung, Céline Zamboni